Pour ceux qui restent…

J’ai malheureusement eu ces derniers mois, autour de moi, des cas plus ou moins proche de suicide. Ce geste de désespoir reste tabou et suscite l’incompréhension de l’entourage.

Car oui, pour ceux qui “restent”, les interrogations et les regrets sont toujours nombreux. La culpabilité de n’avoir rien fait, de n’avoir rien vu ou anticiper.

Pourtant, il n’est pas toujours possible de faire quelque chose. Nous sommes tous différents et bien souvent inégaux face à nos émotions. Certains les ressentent de façon intenses et ce que l’on peut connaître comme douleur physique, se transpose également en douleurs psychiques. Cette souffrance, difficile à quantifier, peut devenir handicapante au quotidien et nous enfermer petit à petit dans un schéma très noir.

L’entourage ne sait pas quoi faire et arrive avec son lot de bon conseils qui peuvent vite avoir un effet négatif. Combien de “tu devrais faire du sport”, “tu devrais sortir”, “tu devrais faire ci ou ça”, les gens en pleine dépression ont-ils entendu ?

Il est impossible de se mettre à la place de quelqu’un qui souffre et de comprendre sa dépression, même avec la meilleur volonté du monde, vous n’êtes pas dans la situation et encore moins médecin.

Mais comment faire lorsque l’on se retrouve dans cette situation, comment trouver les mots face à quelqu’un qui souffre ? Je crois qu’il faut déjà commencer par éviter de penser à la place d’un autre. Ce qui fonctionne pour soi-même ne fonctionne pas forcément pour quelqu’un d’autre. Et c’est là toute la difficulté, réussir à prendre suffisamment de recul et quelque part penser en plusieurs dimensions.

Il faut bien comprendre que chaque conseil devient un poids pour la personne face à vous qui se sent encore plus déstabilisée parce que bien souvent, il lui est impossible de mettre en place ce que vous lui recommandez, non pas par mauvaise volonté, mais parce cette souffrance qu’elle ressent lui mange une bonne partie de son énergie ou que tout simplement ce que vous lui proposez n’est pas fait pour elle.

Sachez aussi que votre attitude a une influence, parfois autant que vos paroles, on entend beaucoup parler de pensées positives en ce moment et il peut arriver que dans vos actes ou vos paroles, vous veniez détruire le début de reconstruction d’une personne dépressive. Les “arrête de rêver”, “de toute façon, tu n’iras pas jusqu’au bout”, “tu ne termines jamais rien, à quoi bon commencer”, “il serait peut-être temps de voir la réalité”…

Une personne dépressive, sur le bord du fil peut basculer très rapidement, elle a besoin de votre soutien, elle a besoin aussi de l’aide de professionnels, chacun dans son domaine est là et ne doit pas empiéter sur le domaine de l’autre.

Mais lorsque l’irréparable arrive, il faut comprendre que parfois cette souffrance invisible devient invivable, que chaque jour qui passe devient un calvaire et cet acte impensable peut arriver de façon violente, car personne n’y est jamais préparé. Parfois, il peut même sembler encore plus incompréhensible car il survient alors que l’on pense que la personne va mieux.